Est-ce l’ancien architecte qui parle ?

Les impulsions africaines qui ont fait partie de la grande révolution de l’art occidental au début du XXe siècle sont bien connues. A mon petit niveau, je relie simplement le plaisir que me procure l’art africain aux plaisirs très puissants de la découverte quand, étudiant en architecture, je mesurais la force tellurique du mouvement moderne. Je dirais que c’est un plaisir esthétique, direct, primordial et universel qui me touche profondément. Le beau, c’est l’essence de la vie, comme une trace de Paradis sur terre. C’est quelque chose qui fait un peu planer au-dessus de nos mesquineries. Dans les choses belles, il y a comme des solutions et des évidences qui m’apaisent.

Est-ce que votre collection comporte des spécificités

Mon problème, c’est que j’aime tout ! J’aurais rêvé pouvoir constituer une collection encyclopédique, qui reflète, même par un ou deux objets seulement, le maximum d’ethnies. Comme pour mieux embrasser les diversités Africaines. C’est impossible. Mais je me suis aperçu que j’avais quand même certaines préférences. Par exemple, je suis moins sensible à l’art pourtant très raffiné et très recherché de la Côte d’Ivoire. Je suis très attiré par des sculptures en apparence plus sauvages, plus brutes comme celles des Montol du Nigeria oriental, comme celles des Mumuye ou des Chamba. Je suis fasciné par les objets vaudou, compositions complexes et effrayantes où de véritables crânes de singe, parfois des poils, font “partie du décor”. D’une manière online viagra générale, je suis plus statues que masques, c’est mon côté « Oreille cassée ».

Qu’est-ce qui a présidé à la constitution de votre collection ?

Comme la création, tout part du big-bang ! (rires) C’est donc lié à un coup de foudre. Il y a quelques années, j’étais à l’Ile d’Yeu, j’attendais le bateau de retour avec l’être aimé, après un séjour magique. Une heure à perdre, nous sommes rentrés chez un antiquaire, j’ai eu un flash pour une très belle statue. Cette statue Ibo m’a profondément touché, je ne sais pourquoi. Ça été violent et physique. Je n’avais jamais regardé l’art africain avant. Je suis rentré avec la statue dans les bras, je ne voulais pas la lâcher ! Il y a du comique et du ridicule dans la passion.

La beauté des trésors africains a donc mis du temps à m’atteindre. La rencontre n’en a été que plus forte. Et c’est à Tanger, précisément, où je vis depuis quatre ans, que cette passion est devenue un peu dévorante. On dit souvent, ce qui n’est pas faux, que Tanger tourne le dos à l’Afrique. Moi, ici, il m’a plu de me tourner vers le sud, dans cette ville, Tanger, qui rêve tant du nord. C’est d’ailleurs une sorte d’ironie quand on sait qu’au XIVe siècle, Ibn Battouta, l’enfant chéri de Tanger, a été l’un des premiers explorateurs du monde à faire des compte- rendus de ses voyages en « Afrique noire ».